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Les pays ont besoin de se mobiliser pour protéger la nutrition pendant la pandémie de Covid-19

La nutrition joue un rôle fondamental dans la santé et le bien-être des femmes, des enfants et des adolescents, c'est pourquoi elle constitue un domaine d'intérêt et d'investissement important pour la réalisation de la mission du GFF. La crise sanitaire, économique et sociale actuelle, causée par la pandémie de COVID-19 (Coronavirus), pourrait être désastreuse pour la nutrition et la sécurité alimentaire en raison de son impact sur deux des déterminants directs de l'état nutritionnel, qui sont l'apport alimentaire et la maladie.

Premièrement, l'impact économique de la crise contribuera probablement à une baisse de la qualité de l'alimentation et éventuellement de l'apport calorique total. Les revenus des ménages diminuent considérablement et les envois de fonds de l’étranger sont au plus bas. Par exemple, en Haiti, un pays ayant la deuxième plus grande part des envois de fonds de l’étranger en pourcentage de son PIB (34 %), la réduction de 20 % des envois de fonds de l’étranger - prévue au niveau mondial - aura des répercussions importantes sur les habitudes d'achat et de consommation alimentaires des ménages qui dépendent de ces revenus.

Deuxièmement, les perturbations dans la prestation et l'utilisation des services de santé et de nutrition essentiels et de routine pour les adolescents, les femmes et les enfants sont susceptibles d'accroître la morbidité, qui agit en synergie avec la nutrition pour augmenter le risque de mortalité. Des rapports faisant état d'une utilisation et d'une disponibilité réduites des services sont apparus dans les pays à revenu élevé, et nous nous attendons à voir des tendances similaires dans les pays à revenu faible et intermédiaire où le virus entre maintenant dans une phase de transmission communautaire.

Nous exhortons les pays à agir rapidement pour protéger les besoins nutritionnels de leurs populations grâce à des approches multisectorielles et cela, en mettant tout en œuvre pour :

  1. Assurer la continuité de l'accès aux services essentiels de santé et de nutrition. Les interventions devraient inclure la création d'une demande de services préventifs et de routine, comme les vaccinations, combinée à la prestation de ces services de manière à protéger à la fois les agents de santé et les patients.
  2. Travailler avec d'autres secteurs afin de minimiser les perturbations dans les chaînes d'approvisionnement alimentaire locales et nationales, et donner aux ménages les moyens d'accéder aux aliments nutritifs et de les acheter. De nombreux pays se tournent vers les transferts en espèces comme mécanisme de soutien aux ménages ayant une réduction ou une perte de revenus, il est cependant essentiel d’adopter des politiques qui favorisent le commerce et minimisent les perturbations de l'accès et du fonctionnement des marchés.

De nombreux progrès ont été accomplis dans l'amélioration de la nutrition à l'échelle mondiale et dans de nombreux pays du GFF au cours de ces dernières années. L'Indonésie en est un exemple, où le GFF a soutenu l'approche de convergence du gouvernement en matière de nutrition qui a permis de réduire le retard de croissance des enfants de 3,1 points de pourcentage entre 2018 et 2019. La pandémie de covid-19 provoquant déjà des perturbations dans l'accès aux soins de santé et aux services de nutrition, l'absence d'action sur ces deux grands fronts risque d'effacer ces progrès, qui vont bien au-delà des indicateurs de nutrition et s'étendent à des conséquences sanitaires supplémentaires auxquelles la nutrition est fortement liée.

Julie Ruel-Bergeron

Julie Ruel-Bergeron soutient les activités techniques et opérationnelles et s’assure de l’intégration aux programmes nationaux d’interventions nutritionnelles fondées sur des données probantes et spécifiques au contexte. Auparavant, Julie a agi à titre d’assistante de recherche dans le cadre d’une évaluation d’impact du programme de nutrition dirigé par l’Université Johns Hopkins au Malawi et de consultante auprès des régions Afrique, Amérique latine et Caraïbes de la Banque mondiale.